Au JT de 20H, les Allemands de 1914 sont toujours très méchants

Dimanche 16 mars au soir, Laurent Delahousse, dans son journal télévisé, annonce la diffusion du documentaire Apocalypse sur la Première Guerre mondiale.

Le reportage qui suit compile quelques extraits avec un commentaire en voix off. Il est probable que ces quelques minutes de promotion ne soient pas révélatrices de l’ensemble du documentaire qui sera diffusé par épisodes les 18 et 25 mars, puis le 1er avril ; pour ce sujet du JT, il y a eu choix, sélection, reconstitution d’un court récit qui puisse donner envie au téléspectateur d’en voir plus. Mais une chose est sure ; dans cette annonce de dimanche soir, 100 ans plus tard, les Allemands sont toujours très méchants.

Ils apparaissent à deux reprises, ces soldats allemands. Dès le début de cette espèce de bande annonce, ce sont eux que nous voyons, parfaitement alignés, brandissant des casques dans une chorégraphie parfaite. Puis ils défilent, dans une discipline impeccable ; la voix off débute son récit : « Vous entendez cette clameur et ces bruits de botte. Ce sont les soldats allemands au début du moins d’août 1914 ». Et effectivement, on les entend, ces bruits de bottes. C’est martial, offensif, agressif, parfaitement efficace.

Les Allemands font peur. Ils sont bien équipés, « ils portent des casques à pointe pour les protéger des coups de sabre et reçoivent avec leur paquetage une baïonnette ». Contraste immédiat avec les images qui suivent : en France, c’est musique guinguette et sourires affichés dans les rues de Paris. La voix off nous explique que nous voyons à l’écran des « paysans » persuadés que la guerre sera courte, achevée avant la moisson de l’été. Le défilé qui suit ne fait pas vraiment peur. La chorégraphie est moins parfaite.

Les bruits de botte sont moins audibles, même si les talons claquent sur les pavés. Aucune voix off ne vient souligner l’effet sonore de ce défilé français. Un extrait de celle de Matthieu Kassovitz, dont on nous précise qu’elle accompagnera tout le documentaire, vient rappeler l’inadaptation des uniformes français rouges et bleus (grâce à la colorisation des images le téléspectateur en prend bien conscience) et l’absence de casques sur la tête des pauvres poilus seulement protégée par un képi. C’est moins offensif.

Tellement plus bon enfant. « Ils fanfaronnent » devant les caméras. Un peu inconsciemment certes ; mais ces gens-là ne sont pas belliqueux. Dans la suite de cette annonce de JT, à une autre reprise le téléspectateur peut voir des Allemands. La voix off précise que les images viennent d’un film de propagande de l’époque : il raconte le rôle du sous-marin U35 et de son commandant Lothar von Arnaud de la Perrière. « Sa mission : couler le plus de navires possible dans l’Atlantique ». Il la remplit avec efficacité « sans aucune pitié pour les équipages comme les 1700 Français du transport de troupes Gallia ».

Quand on nous montre l’artillerie française « très efficace » grâce au « fameux canon de 75 tir rapide », l’ennemi qui tombe sous les milliers d’obus n’est pas évoqué. La souffrance des femmes françaises qui les ont fabriqués à l’usine, en revanche, est explicitement racontée et montrée. Les soldats en Italie apparaissent également : ils souffrent dans la neige des Alpes, dans laquelle ils creusent des tranchées et sculptent des hôtels pour leurs aumôniers. L’image effrayante des chars est aussi mise en avant, mais le téléspectateur, rarement spécialiste des armes, ne sait pas sous quels drapeaux ils combattent.

Dans le récit de la guerre qui est fait par cette annonce du documentaire, les Allemands, seuls, sont donc toujours des soldats disciplinés et menaçants, « sans pitié » comme le fut Lothar von Arnaud de la Perrière. Ils ne souffrent pas. Ils n’ont pas d’histoire avant d’enfiler l’uniforme et le casque à pointe. Ils ne sont pas paysans. Ne songent pas à leurs moissons de l’été à venir. Ils sont des combattants, d’irréductibles combattants. Seulement des guerriers.

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