Féminisation des armées et harcèlement sexuel

Le sujet est-il clos ? Certainement pas définitivement. Mais alors que pendant plusieurs semaines il a agité les médias français, il semble qu’on soit entré dans une période d’accalmie.

A partir de fin février, le livre de Leila Minano et Julia Pascual, La Guerre invisible (Les Arènes) a reçu un très fort écho médiatique. Il dénonce le silence et l’omerta qui entourerait des cas nombreux de harcèlement sexuel au sein des armées. La matinale de France Inter relaie la sortie de cet ouvrage dès le 25 février. Les réactions qui suivent sont de plusieurs ordres.

L’ouverture d’une enquête est annoncée le jeudi 27 février par Jean-Yves Le Drian ; au Ministère, on modère également le poids des révélations, en niant que l’institution étouffe sciemment ces affaires de harcèlement. Pierre Bayle, porte-parole du Ministère, affirme ainsi sur Europe 1 le 27 février : « C’est faux de dire que le ministère (…) met un couvercle ». Du côté de la gendarmerie, le général Philippe Mazy, directeur des ressources humaines, prend les devants et communique : son institution a déjà mis en place un plan d’action, explique-t-il.

D’anciens ministres ou responsables sont également sollicités. Le Point titre : « Michèle Alliot-Marie tombe des nues ». Elle explique n’avoir été au courant que de deux cas : « Ça ne remontait pas jusqu’à moi. Ce qui n’est d’ailleurs a priori pas tellement étonnant parce que l’armée a un fonctionnement un peu particulier. On essaie de régler les problèmes ».

Enfin, vont suivre au cours des semaines suivantes la médiatisation de plusieurs témoignages de femmes qui disent avoir été victimes de harcèlement sans que leur voix soit entendue. Europe 1 ouvre le feu le 3 mars avec Laetitia.

La publication de témoignages est relancée avec l’annonce, le 15 avril, par Jean-Yves Le Drian, d’une dizaine de mesures de protection et d’accompagnement des victimes. Les Dernières Nouvelles d’Alsace publient par exemple le témoignage d’Isabelle D., 27 ans. Les deux auteurs du livre sont par ailleurs à nouveau sollicitées ; sur Terra Fémina, le 16 avril, elles continuent de porter un regard critique sur l’attitude de l’institution. Elles participent également au « débat du jour » sur RFI. Le 20 avril, un ancien sergent témoigne sur le Bondy Blog ; le débat glisse vers la question du racisme dans les rangs de l’armée.

D’autres médias se donnent la peine de relayer l’ensemble des annonces du Ministre, qui allaient au-delà du seul sujet du harcèlement pour évoquer aussi la question de la progression des carrières des femmes au sein des armées, comme l’explique cet article du Monde. Ce pan du sujet recueille moins d’attention de la part des journalistes. A une exception près : l’annonce de la féminisation progressive des personnels des sous-marins a un grand succès médiatique. Elle est presque autant reprise (dans cet article du Monde, mais aussi dans Elle, par BFMTV, dans le Huffington Post notamment) que celle concernant la lutte contre le harcèlement. Elle est pourtant elle aussi prétexte à ouvrir le dossier du sexisme au sein de l’institution de Défense, en témoigne ce texte de la journaliste Moïra Sauvage sur Le Plus du Nouvel Observateur.

Dernier surgeon de la publication du livre La Guerre invisible et de l’annonce du plan d’action du Ministère, cette tribune dans Le Monde du 24 avril signée par « Céline, Laetitia, Lyne » sous le titre « M. Le Drian, entendez les femmes militaires victimes d’agressions sexuelles ».

Entre la fin du mois de février et la mi-avril, la journée de la femme a évidemment été célébrée par le Ministère de la Défense avec la mise en avant habituelle des belles carrières de femmes dans les trois armées. A court terme, nul doute que la parution du livre de Leila Minano et Julia Pascual a entaché le récit très lisse de la féminisation des armées. Il y a cependant fort à parier que les images si répétitives de la réussite des femmes au sein des armées, si abondamment diffusées chaque année au moment de la journée de la femme et du 14 juillet, pèsent encore lourd, à moyen terme, dans les représentations collectives.

Avez-vous également lu ? ...