La télévision française et les morts au combat : le décès du sergent-chef Marcel Kalafut

Kalafut VDNRégulièrement, lorsque ont lieu des conférences ou débats sur la manière dont les médias parlent du fait militaire français, des militaires ou des proches de l’institution de Défense manifestent un regret très fort : les médias ne parleraient pas assez de ceux qui acceptent le sacrifice suprême de leur vie pour le service de la France et de ses intérêts. Il arrive même que soient évoqués des moments et événements précis : tel jour, alors qu’avait lieu un hommage national pour tel défunt sur un théâtre d’opération, « on » n’en a pas parlé.

Ces propos sont révélateurs des difficultés qu’il y a à saisir comment se déroule la réception des différents messages et récits médiatiques. Car dans l’immense majorité – voire la totalité – des cas, en tout cas depuis 2008, les médias grand public évoquent largement la triste actualité du décès de militaires français en opérations extérieures.

Il est vrai qu’avant l’embuscade d’Uzbin du mois d’août 2008, le sujet était moins traité. Mais, pour ne prendre que l’exemple des journaux télévisés du soir des grandes chaînes de télévision hertziennes, cet événement marque bien une fois de plus une césure nette. Il a institué des habitudes nouvelles. A partir d’août 2008, chaque décès de militaires français sur un théâtre d’opération extérieur est cité dans les journaux télévisés de TF1 et France 2, reportage à l’appui.

A partir de 2009, une photo du défunt s’affiche à l’écran ; en général, il apparaît en uniforme. Aux côtés de cette photos, se trouvent son nom, son âges, son grade et, très souvent, son insigne régimentaire. Dans une majorité de cas, un reportage suit. Soit il a été tourné dans la commune d’origine du défunt, soit – c’est le cas le plus fréquent – il permet de situer et reconstituer les circonstances du décès en Afghanistan, au Mali, en République Centrafricaine ou ailleurs. Les éventuelles réactions politiques, à commencer par celle du chef de l’Etat, sont intégrées au sujet ou citées par le présentateur du journal.

Lorsqu’il y a un hommage national aux Invalides, il est relayé lors des journaux d’information du soir. A partir de 2011, les cortèges funéraires passent sur le pont Alexandre III pour qu’un hommage public soit rendu aux défunts. Là encore, à partir du moment où cette forme d’hommage existe, elle trouve sa place dans les journaux télévisés.

Le décès du sergent Marcel Kalafut survenu dans la nuit du 7 au 8 mai dernier au Mali ne fait pas exception. Les habitudes prises par les chaînes de télévision survivent donc à l’après-Afghanistan, même si elles évoluent légèrement. Sur TF1, aucun reportage n’a été diffusé au sujet des circonstances de cette mort et du terrain malien, mais Claire Chazal a bien cité ce décès, alors que s’affichait, comme habituellement, la photo de Marcel Kalafut, son grade, son âge et l’insigne de son régiment. Cette évocation précise a suivi immédiatement le sujet consacré aux commémorations du 8 mai, qui était le premier de ce journal télévisé. Sur France 2, seule la photo a été affichée à l’écran, la voix off commentant : « Le sergent Marcel Kalafut n’avait que 26 ans mais il était déjà un légionnaire expérimenté passé par l’Afghanistan et la Centrafrique ». A suivi un reportage sur la mission des troupes françaises au Mali.

Le 12 mai, les honneurs militaires ont été rendus au défunt aux Invalides. Le cortège funéraire est passé sur le pont Alexandre III. Sur TF1 comme sur France 2, des images de ce passage sur le pont parisien ont été diffusées lors du journal de 20H.

Alors sans doute les journalistes ne parlent-ils pas assez de l’actualité militaire, ou pas comme ils devraient le faire. C’est évident et les reproches qui peuvent être faits sur ce plan sont nombreux. Mais le décès des militaires, lui, est bien devenu un sujet traité par les médias grand public. Le déséquilibre d’ailleurs entre une information très irrégulière sur les réalités opérationnelles et la place accordée à ce sujet de la mort des militaires français participent, aux côtés des messages brouillés ou confus sur les raisons politiques des interventions extérieures, à la non-acceptation de ces morts et à l’incompréhension générale des circonstances qui y ont mené.

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