Terrorisme : « Nous assistons à un retour d’une conscience de la guerre »

Interview par Jean Guisnel, pour Le Point, à lire ICI, publiée le 17 décembre 2015.

Résumé :

La « guerre » que les politiques invoquent depuis janvier 2015 et plus encore depuis novembre 2015 a incontestablement refait irruption dans le récit national, par l’usage des mots et l’usage des images. Les « unes » de la presse au lendemain des attentats du 13 novembre ont été emblématiques : elles montraient toutes des militaires en armes, et en kaki, devant des monuments emblématiques de la capitale. Un continuum de récit s’est instauré, entre le combat au loin (au Sahel, au Moyen-Orient) et le combat ici, dans nos rues. Ce récit s’appuie sur des étapes décisives de la redécouverte des réalités de la guerre par les Français : au moment de l’embuscade d’Uzbin en août 2008, en Afghanistan, les Français ont brièvement réappris que leurs militaires pouvaient mourir au combat. Avec les attentats du 13 novembre, ce sont des civils qui ont été aveuglément touchés, ici-même. Cependant, la cohérence du récit médiatique de l’immédiat après-13 novembre s’étiole peu à peu. Ce sont des policiers et non des militaires qui agissent dans le cadre de l’état d’urgence; ce contexte légal fait l’objet de critiques et de débats récurrents. Raconter l’opération Sentinelle est une gageure : les militaires y sont statiques, dans des postures de vigiles, et potentiellement de cibles. Raconter l’opération Chammal n’est guère plus aisé : le récit des opérations par frappes aériennes est un défi permanent (comme nous l’évoquions dans cet article). Il y a bien des tournants de représentation médiatique des sujets militaires (sur un éventuel retour du service militaire, sur l’augmentation du nombre de candidats qui répondent aux appels à recrutement des armées, par exemple), mais aucun récit de guerre unifié. Il y a donc un retour d’une conscience de la guerre, mais une difficulté à lui donner un contenu cohérent.

 

 

 

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